La kératoconjonctivite sèche du chien, ou KCS, est un déficit de production de larmes : c’est ce que l’on appelle couramment l’œil sec. Beaucoup de chiens sont traités pendant des mois pour des « conjonctivites à répétition » alors qu’ils souffrent en réalité de cette maladie. Elle est fréquente, sous-diagnostiquée, et peut coûter la vue si elle est ignorée. Bonne nouvelle : elle se dépiste en une minute, et se traite bien.
À quoi servent les larmes
Le film lacrymal n’est pas qu’une histoire de confort. Il :
- nourrit la cornée, qui n’a pas de vaisseaux sanguins et dépend en grande partie des larmes pour son oxygène ;
- la nettoie des poussières et des débris ;
- contient des substances antibactériennes naturelles ;
- assure la transparence et la régularité de la surface optique.
Sans larmes, la cornée s’assèche, s’irrite, s’infecte. Puis l’organisme réagit en la recouvrant de vaisseaux et de pigment noir pour la protéger : un tissu opaque qui, en s’étendant, finit par masquer la vision de façon irréversible.
Un chien aux yeux qui collent : les signes d’un œil sec
- un écoulement épais, jaunâtre ou verdâtre, collant, particulièrement abondant le matin ;
- un œil terne, sans brillance : c’est le signe le plus caractéristique ;
- des rougeurs chroniques de la conjonctive ;
- l’animal cligne beaucoup, se frotte l’œil ;
- et surtout : une amélioration sous antibiotique, suivie d’une rechute systématique à l’arrêt.
Ce dernier point est le signal d’alarme. Une conjonctivite qui récidive indéfiniment n’est presque jamais une simple conjonctivite. Au début, les signes peuvent être discrets et ne toucher qu’un œil, avant que le second ne se prenne à son tour.
D’où vient la kératoconjonctivite sèche ?
Dans la grande majorité des cas, l’origine est immunitaire : l’organisme s’attaque lui-même aux glandes lacrymales, qui se détruisent progressivement. Plus rarement, la KCS fait suite à une maladie de Carré, à un traitement médicamenteux, à une atteinte nerveuse, ou au retrait chirurgical de la glande de la troisième paupière (« œil-cerise »). C’est une raison majeure de ne jamais retirer cette glande, mais de la repositionner.
Quand la cause est nerveuse, on observe parfois un indice curieux : la truffe est sèche du même côté que l’œil atteint. Ce détail oriente le diagnostic et le traitement.
Races prédisposées
Cocker anglais et américain, shih tzu, lhassa apso, bouledogue anglais, west highland white terrier, cavalier king charles, carlin, yorkshire. Chez ces chiens, un contrôle de la production de larmes a sa place dans les visites de routine, même sans symptôme franc.
Le test de Schirmer au cabinet
C’est l’examen qui pose le diagnostic, et il est d’une simplicité déconcertante : une bandelette de papier graduée est glissée au coin de l’œil, pendant une minute. Les larmes remontent par capillarité et humidifient la bandelette ; on lit alors la valeur en millimètres.
Une valeur normale se situe au-dessus de 15 mm/min. En dessous de 10, le diagnostic est posé ; en dessous de 5, l’atteinte est sévère. Entre les deux, on parle de zone douteuse : on recontrôle et on surveille. Le test ne nécessite aucune anesthésie, et devrait être réalisé devant toute conjonctivite chronique. Il se fait en début d’examen, avant toute goutte de collyre ou de colorant, pour ne pas fausser la mesure.
Lors de la consultation d’ophtalmologie, il est complété par un test à la fluorescéine, pour rechercher un ulcère, et par un examen de la cornée à la lampe à fente, qui montre l’étendue des vaisseaux et du pigment. Le test de Schirmer est l’examen de base utilisé en ophtalmologie vétérinaire, une discipline que fédère en Europe le Collège européen d’ophtalmologie vétérinaire (ECVO, en anglais).
Le traitement de l’œil sec
Le traitement de fond repose sur un collyre immunomodulateur (ciclosporine ou tacrolimus) qui freine la destruction des glandes et relance la production de larmes. Il faut compter plusieurs semaines avant d’en voir le plein effet.
On y associe des substituts lacrymaux (larmes artificielles) pour le confort immédiat, et si besoin un antibiotique le temps de juguler une surinfection. Avant chaque application, on retire les sécrétions avec une compresse humidifiée au sérum physiologique : un collyre posé sur du mucus agit beaucoup moins bien.
Point important : le traitement est le plus souvent à vie. Un arrêt entraîne une rechute en quelques semaines. Mais bien conduit, il stabilise remarquablement la situation, et beaucoup de chiens retrouvent un œil confortable et brillant.
Quand les glandes ne répondent plus du tout au traitement, une chirurgie peut être discutée : elle consiste à dériver le canal d’une glande salivaire vers l’œil, pour que la salive remplace les larmes. C’est une solution de dernier recours, qui a ses propres contraintes.
Le lien avec les ulcères
Un œil sec est un œil fragile : la cornée non protégée s’ulcère facilement, et les ulcères de la cornée guérissent mal tant que la sécheresse n’est pas corrigée. Traiter la KCS, c’est aussi prévenir ces complications. Si un chien suivi pour un œil sec se met soudain à fermer l’œil, il faut le faire examiner rapidement.
Questions fréquentes
L’œil sec du chien se guérit-il ?
Dans sa forme immunitaire, la plus fréquente, il ne guérit pas mais se contrôle très bien avec un traitement quotidien. Les formes liées à un médicament ou à une atteinte nerveuse peuvent, elles, s’améliorer avec le temps. Le suivi permet d’adapter le traitement.
Comment nettoyer les yeux d’un chien qui collent ?
Avec une compresse propre humidifiée au sérum physiologique, du coin interne vers l’extérieur, une compresse par œil. Ce nettoyage soulage, mais ne soigne pas la cause : des yeux qui collent tous les matins justifient un test de Schirmer.
Le chat peut-il avoir un œil sec ?
C’est beaucoup plus rare que chez le chien. Chez le chat, une baisse des larmes est souvent liée à l’herpèsvirus du coryza. Le même test de Schirmer permet de la mettre en évidence.
Que se passe-t-il si on arrête le collyre ?
La production de larmes rechute en général en quelques semaines, et les lésions de la cornée reprennent. Ne modifiez pas le traitement sans en parler avec votre vétérinaire.
Si votre chien a « toujours les yeux qui coulent », ne vous contentez pas de nettoyer au sérum physiologique : un test de Schirmer prend une minute et peut changer l’avenir de ses yeux. Prenez rendez-vous au cabinet de Saint-Victoret. Si l’œil devient rouge, douloureux ou reste fermé, consultez plus vite : voyez notre article sur l’œil rouge et l’œil qui pleure, et appelez le 04 42 75 26 17. Le cabinet prend en charge les urgences de ses patients pendant les heures d’ouverture.
Article rédigé pour le cabinet vétérinaire de Saint-Victoret à partir des recommandations vétérinaires en vigueur, dont les sources sont citées dans le texte. Mis à jour le 23 septembre 2026. Il informe, mais ne remplace pas l'examen de votre animal par un vétérinaire.



